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Le pouvoir des étiquettes

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Le pouvoir des étiquettes

"Je suis faible", "je suis paresseux", "je suis timide", "je suis lent", "je suis bon à rien", "je suis bête", "je suis distraite", "je suis colérique", "je suis surdouée", "je suis menteur"...

Aujourd'hui, je voudrais aborder avec vous la question des étiquettes.

Premièrement, celles que nous portons qui nous ont été attribuées lorsque nous étions enfant par un parent, par un frère, par un professeur..

Deuxièmement, celles que nous donnons aux autres, en particulier à nos enfants, bien souvent sans nous en rendre compte...

Une étiquette, ça colle, c'est bien ça tout le problème. Et parfois, si on n'y prend pas garde, ça peut coller toute la vie.

L'enfant est très attaché au regard que nous portons sur lui, il en est même au départ entièrement dépendant.

Quand nous lui disons ou quand nous disons de lui aux autres qu'il est timide ou qu'il est distrait, qu'il est lent, ou qu'il est colérique, qu'il est menteur ou qu'il est faible, nous l'enfermons dans un comportement que nous généralisons. L'enfant, parce qu'il nous croit et qu'il est impensable pour lui que nous nous trompions, risque de penser de lui-même : "je suis timide", "je suis paresseux" et risque de se conformer à ce que nous disons de lui. C'est à dire que l'enfant peut "décider" (à un niveau inconscient) de devenir réellement timide, paresseux, etc.

En effet, ce que notre enfant entend derrière l'étiquette, c'est une injonction : "sois paresseux", "sois lent", "sois timide" car tu ne peux pas être autre chose que ce que je dis de toi". L'enfant se dit : "Si je suis timide, pas besoin d'essayer d'être autre chose", et le devient réellement. 

Si nous ne sommes pas attentif au pouvoir des mots que nous employons, si les mots sont des étiquettes au lieu d'être les vecteurs d'échange, de discussion avec notre enfant sur ce qu'il vit, nous tombons dans un risque de manipulation. 

Le problème de l'étiquette, c'est la généralisation: nous avons vite tendance de faire d'un comportement une généralité; ce faisant nous n'ouvrons aucune perspective de changement; pire, nous donnons à ce comportement une teinte innée, comme s'il était "marqué dans les gènes": "Mon fils est colérique".

Généraliser nous rassure souvent face à ce que nous ne comprenons pas ou à ce que nous n'acceptons pas. La généralisation est souvent mêler à de l'insatisfaction, à de l'exaspération, à de la colère ou à de la déception. Nous pouvons nous interroger : à quoi cette caractéristique que j'observe chez mon enfant (flemme, timidité, colère, lenteur, etc) me renvoie-t-elle ? A quoi fait-elle écho en moi? Quelle croyance, quelle peur ? Comment était-elle accueillie, perçue dans ma famille?

Par ailleurs, recourir à la généralisation m'évite d'interroger mon enfant sur ce qu'il ressent au moment de sa colère ou de sa peur ou de sa flemme, et de rester en lien avec lui.

Comment moi enfant je peux trouver la liberté de me définir, de me découvrir, d'évoluer, de grandir si vous, mes parents, mes professeurs, les adultes qui m'entourez, m'enfermez dans des cases ? Je risque de grandir avec la croyance que les autres ont le pouvoir de me définir, de savoir mieux que moi qui je suis, ce que je vaux, ce que je veux. Ainsi, je perds ma confiance en moi et je donne sans m'en rendre compte beaucoup de pouvoir aux autres.

En tant que psychologue, je ne crois pas avoir jamais rencontré dans mon cabinet un colérique, un timide, un raté. Je n'ai rencontré que des adultes qui, dans telle ou telle situation, se sont mis en colère, ont été gênés, intimidés, ont eu besoin de plus de temps que leur collègue pour boucler un travail, etc. Mais ces personnes en venant me voir étaient souvent convaincus d’ÊTRE ces étiquettes. Urgence donc à plus de vigilance sur les mots que nous employons qui peuvent marquer au fer rouge !

Prenons garde aussi aux étiquettes "positives" que nous donnons : "c'est le matheux de la famille", "c'est une artiste", un vrai bout en train", etc. Même si l'étiquette est belle comme un papier cadeau, le risque d'enfermement et de manipulation reste le même !

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