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L'orientation non-directive

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L'orientation non-directive

L'orientation non-directive

Quand j'ai entamé ma formation de psychothérapeute, je n'avais fait que des expériences en psychanalyse et je n'aimais pas les interventions  de mon analyste à cause de leur contenu interprétatif et directif . J'avais besoin d' un thérapeute avec qui je me sente libre, aimé et compris dans ma démarche .Ce que je demandais , c'était une écoute à la fois inconditionnelle et non-directive . La non-directivité ne signifiait pas que ma thérapeute ne devait pas intervenir, mais qu'elle ne se substitue pas à moi pour décider ce qui était bon pour moi. Et l'écoute inconditionnelle signifiait qu'elle puisse écouter ce que j'avais à dire sans me juger. Peu de psychothérapeutes acceptent d'entrer avec leurs patients dans une relation aussi respectueuse. Mes parents, obsédés qu'ils étaient par leurs propres préoccupations, n'avaient jamais été disponibles pour m'écouter: avec moi ils devenaient sourds.

 

Carl Rogers est un psychologue américain qui a défendu la thèse selon laquelle chaque personne a en elle-même la capacité de résoudre ses problèmes si elle se trouve en présence d'une autre personne capable de l'écouter sans lui apporter les réponses. Je ressentais qu'avec cette nouvelle approche thérapeutique non-directive ,le client n'est plus un objet que l'on manipule à son insu , et le thérapeute n'est pas, non plus dans un attitude de toute puissance imaginaire  ,comme  je l'avais rencontré auparavant. Ici ,pas de grille d'interprétation préétablie, pas de parole oraculaire venant d'en haut , mais une communication compréhensive où les interventions du thérapeute sont facilitatrices et non interprétatives .

 

Grace  à cette façon ouverte , je me suis senti écouté, entendu, j'ai pu descendre profondément en moi et contacter le petit enfant meurtri, abandonné, ignoré ,que j'avais été au sein de ma famille. Je pus m'extraire de  la  pesanteur de mon environnement familial et  faire enfin vivre l'être que je suis. Il a simplement fallu que je me laisse sentir combien j'avais eu mal, et que je donne un sens à mon histoire.

 

J'étais stupéfait de découvrir qu'il n'y avait rien eu d'autre à faire que de m'écouter pour guérir . Pour la première fois de ma vie je pouvais me laisser sentir les souffrances, les émotions cachées que  mon corps avaient engrangées. J'avais la liberté de descendre en moi sans que personne vienne contrarier ce travail salvateur. Au fur et à mesure que celui-ci avançait ,je ressentais une énergie nouvelle couler en moi: les nœuds imbriqués les uns dans les autres se défaisaient et libéraient une chaleur rassurante .

 

Je réussis à lâcher prise et à me réapproprier  ma vérité. Je devenais capable de mettre une distance entre mes émotions et ma façon de les gérer, mes défenses s'effritaient; je ressentais une grande liberté intérieure et je voyais tisser le lien entre le conscient et l'inconscient . J'ai découvert que la souffrance n'est pas une fatalité et que le corps sait ce qu'il doit faire pour guérir si on le laisse suivre son processus. Je reprenais confiance dans la guérison . Je me sentais petit à petit me défaire de ma cuirasse. Cependant, pour que ce travail puisse se faire j'avais besoin de la présence de mon thérapeute . Même quand il ne disait rien , je sentais qu'il savait ce qu'il se passait en moi et c'était bon d'avoir la liberté de suivre mon chemin sans avoir peur de ses réactions défensives  ,même  inconscientes, ce qui aurait rendu son attitude directive sans qu'il s'en aperçoive . 

 

Dans l'orientation non-directive je sentais que c'était ma propre énergie qui m'était restituée et que le clivage qui s'était produit en moi au moment où j'avais vécu les choses se réparait .A chaque séance je me sentais devenir plus fort , j'avais l'impression d'une nouvelle naissance par petits bouts . Je n'avais jamais éprouvé ce sentiment dans mon travail antérieur en analyse où j'étais maintenu dans  le procédé des associations libres . Si sur le moment je sentais un certain soulagement, ce soulagement ne durait pas, car mon corps continuait de stocker sa souffrance sans réussir à s'en libérer . Là au contraire c'était mon corps qui me guidait, je n'avais qu'à être attentif  à tous les signaux qu'il m'envoyait . Alors j'ai compris que mon véritable thérapeute c'était en fin de compte moi même, car j'étais le seul à pouvoir transcrire lisiblement pour moi ce qui se passait dans ma profondeur . Et la sécurité que m'apportait la présence de mon thérapeute m'était indispensable , car je me sentais contenu . Je pouvais prendre des risques : si j'allais trop loin je savais que je serais ramené sur la berge . Cette expérience de la non-directivité a fait que j'ai de meilleures relations avec les adultes de mon entourages car je n'ai plus peur qu'ils prennent le pouvoir sur moi .

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